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Aborder les classiques en famille

Dernière mise à jour : 23 oct. 2024

Ah, les classiques de la littérature ! Vaste sujet ! Qui soulève souvent les mêmes questions. Pourquoi lire les classiques ? Qu'est-ce qu'un classique, au fait ? Comment faire découvrir les classiques aux jeunes générations ? Ici, je me contenterai de partager une partie de ma vision afin de vous éclairer sur les approches que je promeus.


    Tout d'abord, qu'est-ce qu'un classique ? Sans reprendre les arguments ô combien sensés d'Italo Calvino dans son ouvrage Pourquoi lire les classiques, il est certain que les bases y sont définies. Un classique demeure un livre que l'on suppose lu par tous, dont chacun connaît au moins un minimum l'histoire et l'auteur et dont le contenu devient une telle référence que d'autres ouvrages, des films, des médias de tous les genres y font des rappels plus ou moins explicites.


    De cette constatation découle la réponse à la question première, pourquoi lire les classiques ? Tout simplement pour saisir et profiter de ces références utilisées autant dans les textes les plus réfléchis, en guise d'exemples parlants, que dans les derniers spectacles des humoristes. Cette variété impose d'ailleurs de rayer d'emblée une idée préconçue concernant les livres dits classiques : ils ne seraient réservés qu'à une tranche littéraire de la population. De nos jours, les textes sont accessibles en versions intégrale ou abrégée, en audio, en adaptation théâtrale, en animés, en version manga. De quoi séduire tout le monde !

Aborder les classiques de la littérature en famille

    En plus d'être des parties capitales de l'histoire et de l'évolution littéraires, les classiques ont laissé une marque si importante dans la littérature que l'on y découvre toujours quelque chose, même après de multiples relectures. Et, ce qui me semble majeur, est justement leur propension à venir se glisser dans d'autres écrits. Un article journalistique reprendra le nom d'un célèbre personnage, un roman contemporain tissera sa trame en écho à un prédécesseur, un film évoquera un archétype littéraire.


    Du coup, si l'on ignore tout du classique en question, au mieux la référence nous échappe, au pire, la subtilité, la force et le travail réflexif de la deuxième création ne nous effleurent même pas, nous privant d'un lien essentiel entre les différentes œuvres et laissant dans l'obscurité cette trame commune qui représente, au-delà des mots, les humains qui forgent peu à peu notre culture commune. D'où l'importance de la dernière interrogation : comment faire découvrir les classiques aux jeunes générations ?


    Le défi est de taille. Soyons clairs, les jeunes abordent principalement les classiques de la littérature en cours de français au sein de leur scolarité. Cours de français obligatoire, plus ou moins apprécié, avec des manuels qui se ressemblent tous, dans lesquels d'ailleurs les auteurs se ressemblent tout autant avec leurs cheveux gris, leurs barbes grisonnantes et leurs tenues austères comme si ces femmes et ces hommes de lettres n'avaient pu créer que dans leur vieillesse ou qu'il fallait invariablement être âgé pour pouvoir intégrer le tableau de course des classiques.


    Voyez le message subliminal qui est ainsi dispensé quant à la création et à la créativité. Il est alors facile de comprendre que nos adolescents épris de découvertes, sur eux, sur le monde, sur le quotidien, aient du mal à se sentir emportés par ces images là qui sont, de plus, systématiquement assorties d'extraits épars avec quarante lignes de l'un et soixante de l'autre, réunis autour d'un thème fixé au programme.


    Pourtant, je ne peux nier l'importance d'aborder les classiques en classe. Sinon, quelle chance y a-t-il que le jeune public s'y intéresse de lui-même à l'âge adulte ? On ne peut s'emparer d'une chose qui n'existe pas dans notre imaginaire, dans notre monde des possibles. La chance existe, cependant. Mais pour combien ? Les passionnés de littérature n'ayant pas besoin d'encouragement, il reste ceux dont la curiosité sera piquée au détour d'une rencontre ou d'une autre lecture. Et tous ceux pour qui les cours de français demeureront un vague voire un triste souvenir ? Ceux qui n'auront plus le temps d'ouvrir un livre non indispensable à leurs études supérieures ? Ceux impliqués dans une vie professionnelle trépidante ? Devront-ils se priver de ces fameuses références dont je parlais au début et qui font le sel, que dis-je, le doux sucre fondant des lectures récentes ? Je ne pense pas. Si j'osais, je dirais même, je ne l'espère pas. Car ce serait bien dommage.


   Dans ce contexte, chacun y va de sa petite combine pour répondre aux attendus des programmes scolaires, pour compléter fiches de lectures et contrôles ou encore assurer le minimum de son bac français. Rien que ça, ça donne envie d'aimer la littérature pour ce qu'elle est, vous ne trouvez pas ? Certains liront les œuvres jusqu'à écœurement, d'autres grappilleront les résumés sur Internet. Qu'en restera-t-il ? Peu de choses, et encore. Alors, d'autres possibilités s'offrent-elles pour laisser quelques bribes de classiques dans les jeunes esprits ?


   Je suis convaincue que oui. Peut-être s'agit-il de faire descendre les classiques de leurs piédestaux. Oui, il y a de grandes œuvres, oui, il y a des écritures extraordinaires. Mais dois-je vous rappeler à qui l'on s'adresse ? À de jeunes gens obnubilés par des milliards de choses qu'ils n'imaginent pas trouver dans un Stendhal ou un Flaubert (et pourtant !). Hormis les a priori, l'écriture semble souvent un frein pour la génération SMS, alors offrons-leur des ouvertures tenant compte de ces constatations car rien, rien ne serait pire que de les laisser dresser un mur infranchissable entre eux et cette richesse des classiques.


   Peut-être pourrions-nous reléguer le résumé à une place acceptable et non coupable. Peut-être pourrions-nous valoriser des approches simplistes (oui, j'ai osé dire simplistes), ludiques, plurielles, qui, à défaut de transmettre la prose irréprochable de nos Anciens, permettraient aux jeunes de maîtriser un minimum le sujet des classiques. Et, ainsi, peut-être aurions-nous l'espoir que la bibliothèque de la Pléiade de Grand-Papi ne finisse pas sous les pieds du bureau ou en miettes au barbecue des vingt ans du petit dernier.


   Pour laisser respirer ceux que j'ai déjà horriblement choqués, je précise que je n'ai pas forcément toujours pensé ainsi. Mais, depuis mes folles années aveugles de passion littéraire dévorante, j'ai enseigné, j'ai rencontré de nombreux jeunes en difficulté scolaire ou en mal de français, dans des situations diverses. Et puis, j'ai ouvert les yeux. La lecture, et encore plus celle des classiques, il y a tout bêtement des gens que ça n'intéresse pas ! Ce n'est, pour moi, pas une raison pour leur infliger l'échec dans une matière académique récurrente. Ce n'est pas une raison pour que ce qu'ils n'aiment pas, ils finissent par le haïr. Ce n'est pas une raison pour les priver de ces références sucrées.


   Donc, n'ayons pas honte de faire la lecture à nos jeunes. Expliquons les récits avec du vocabulaire récent voire comique. Transmettons les résumés, réflexions et analyses oralement.


   D'autre part, ne sous-estimons pas les extraits bien choisis. Des extraits d'un même livre qui permettent de ne pas en lire l'intégralité mais de se faire une réelle idée de l'histoire et, en prime trois étoiles, de goûter au style de l'écrivain pour pouvoir dire "celui-là, je le connais". Prônons les moyens de découvertes variés qui n'ont comme simple but que de partager notre patrimoine culturel. Car, après tout, les classiques et leurs références communes, ne sont-ils pas justement des moyens d'échanges et de communication ?

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